L’illusion du Kankourang : chronique d’une attente déçue à Mbour
L’illusion du Kankourang : chronique d’une attente déçue à Mbour
À Mbour, certains viennent avec une attente presque sacrée. Comme ces curieux à qui l’on raconte, depuis l’enfance, l’histoire du Kankourang, figure mystérieuse, redoutée, respectée, symbole d’une tradition profonde et vivante. On leur promet une apparition rare, marquante, presque mystique. Alors ils viennent, avec l’envie de voir “le vrai”.
Mais sur place, il n’y a rien de vrai.
À la place du Kankourang, des silhouettes en uniforme. Une imitation. Une façade. Ce qui devait être un moment fort devient une démonstration creuse. Et très vite, l’évidence s’impose : on n’a pas assisté à une apparition, mais à une illusion.
Cette scène, pourtant, ne s’est pas produite au même moment que celle qui suit. Mais elle s’est produite au même endroit. Et c’est là que le parallèle prend tout son sens.
Car Mbour semble être devenu, à certains moments, le théâtre d’une même désillusion vécue par des publics différents.
D’un côté, ceux qui viennent pour voir le Kankourang et qui repartent sans avoir vu le “vrai”.
De l’autre, ceux qui sont venus hier pour voir leur président.
Dans les deux cas, l’attente est forte. Dans les deux cas, le déplacement est réel. Et dans les deux cas, la déception est au rendez-vous.
Car pour les seconds, là encore, la rencontre n’a pas eu lieu.
Des militants et des citoyens attendaient une présence, un bilan, une parole directe. Ils ont trouvé des relais, des intermédiaires, et une projection vidéo. Une présence remplacée, une parole mise à distance.
Le parallèle est alors sans équivoque : deux contextes différents, un même mécanisme.
Dans les deux cas, on promet, explicitement ou implicitement, une expérience forte. Dans les deux cas, on livre une version affaiblie. Et dans les deux cas, ceux qui viennent repartent avec le sentiment d’avoir été face à une représentation plutôt qu’à une réalité.
Mais la différence reste essentielle.
Dans le cas du Kankourang, il existe un cadre, un temps, une logique. Ne pas voir le “vrai” peut relever d’une règle, d’un rituel, d’un contexte précis.
En politique, il n’y a pas de hors-jeu possible.
On ne gouverne pas par substitution. On ne rend pas compte par procuration. Et on ne crée pas de lien avec le peuple à travers un écran.
C’est là que la désillusion devient politique.
Car manquer ce type de rendez-vous, ce n’est pas simplement une absence. C’est un message. Et ce message est perçu comme tel.
Quitter un parti ou s’en distancer ne se suggère pas, cela se démontre. S’émanciper d’une figure comme Ousmane Sonko ne relève pas du discours, mais de l’acte.
À défaut, ce qui reste n’est qu’une impression de force, une mise en scène du pouvoir, une illusion.
Et comme toute illusion, elle finit par se heurter à la réalité.
À Mbour, à des moments différents, pour des raisons différentes, deux publics ont vécu la même chose : une attente forte, suivie d’une désillusion.
Et dans les deux cas, ce n’est pas seulement ce qu’ils ont vu qui compte.
C’est surtout ce qu’ils n’ont pas vu.
PMD

