Macky Sall, je ne vous soutiendrai pas.
Macky Sall, je ne vous soutiendrai pas.
Macky Sall, je ne vous soutiendrai pas.
À l’heure où vous foulez le sol de ce pays dans l’espoir, semble-t-il, d’obtenir le soutien du Sénégal pour votre candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, je tiens à exprimer clairement ma position, en tant que Sénégalais et citoyen libre.
En mon nom propre, je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que vous soutenir est un devoir patriotique. Le simple fait que vous soyez Sénégalais ne m’oblige pas à vous accorder un soutien inconditionnel. Le patriotisme ne consiste pas à soutenir un compatriote quelles que soient les circonstances ; il consiste aussi à rester fidèle à sa conscience, à sa mémoire et aux principes de justice.
J’assume pleinement mon profond désaccord avec votre bilan. Après douze années à la tête du Sénégal, je garde le souvenir d’une période marquée par une répression politique, des milliers d’arrestations, des emprisonnements de responsables et de militants de l’opposition, ainsi que de manifestations au cours desquelles de nombreux Sénégalais ont perdu la vie.
Des milliers de personnes ont été arrêtées durant cette période. Beaucoup ont ensuite retrouvé la liberté sans avoir été jugées, tandis que d’autres ont été relaxées par les tribunaux. Ces faits continueront d’interroger sur le recours à la détention et sur le fonctionnement de la justice durant ces années.
Je n’oublie pas non plus les restrictions imposées à des figures de l’opposition, notamment Ousmane Sonko, empêché pendant plusieurs semaines de quitter son domicile, une situation qui a suscité un important débat sur sa base légale. Je n’oublie pas les familles endeuillées, les blessés, ni les personnes qui disent être sorties de cette période avec de profondes séquelles physiques ou psychologiques.
En tant que président de la République, vous étiez le garant de la Constitution, des libertés publiques et de la sécurité des citoyens. À ce titre, vous portez, à mes yeux, une responsabilité politique dans les événements qui ont marqué votre mandat. C’est précisément cette responsabilité qui m’empêche aujourd’hui de considérer que votre candidature peut être dissociée de ce passé.
Je ne peux pas demander aux familles des victimes d’oublier. Je ne peux pas leur demander de tourner la page alors que beaucoup continuent d’attendre que toute la lumière soit faite sur ces événements. Je ne peux pas accepter que tout cela soit effacé au nom d’une candidature internationale ou d’un prétendu patriotisme.
Les Sénégalais qui ont perdu la vie étaient eux aussi des enfants de cette nation. Ceux qui ont été arrêtés, emprisonnés ou contraints à l’exil étaient eux aussi des Sénégalais. Leur mémoire mérite le même respect que celle de n’importe quel autre citoyen. Vous n’êtes pas plus Sénégalais qu’eux.
C’est pourquoi je refuse l’idée selon laquelle votre nationalité devrait suffire à justifier un soutien automatique. Le patriotisme ne consiste pas à oublier ; il consiste aussi à avoir le courage de regarder son histoire en face et d’en tirer les conséquences.
Quant aux démarches du président de la République actuellement en exercice, je préfère garder le silence et laisser le peuple sénégalais en juger. Notre peuple est suffisamment mûr et lucide pour savoir qui fait quoi, pourquoi il le fait, et dans quel intérêt.
Pour ma part, ma position est claire. Je ne vous soutiendrai pas. Aujourd’hui, demain ou à l’avenir, quelles que soient les fonctions auxquelles vous aspirerez, je ne vous apporterai pas mon soutien. Elle est assumée. Et elle ne changera pas.

