Doha : le bal des retrouvailles du système
Doha : le bal des retrouvailles du système
À Doha, les images ont parlé avant les communiqués. La première montre Macky Sall serrant la main de Karim Wade. Quelques instants plus tard, une seconde séquence montre le président Bassirou Diomaye Faye descendant de son avion et étant accueilli, à l’aéroport de Doha, par ce même Karim Wade.
Peut-on raisonnablement croire que trois des principales figures de la vie politique sénégalaise, présentes le même jour au même endroit, ne se soient pas rencontrées ? Aucune photographie ne les montre officiellement réunies et aucun communiqué n’est venu préciser la nature d’éventuels échanges. Pourtant, il serait difficile de soutenir qu’une telle convergence de circonstances n’ait donné lieu à aucun contact. Le silence des autorités ne fait qu’alimenter les interrogations.
Cette séquence intervient alors que le chef de l’État a annoncé sa volonté de créer sa propre formation politique, prenant ainsi ses distances avec Pastef, à l’approche des élections territoriales. Dans un tel contexte, cette rencontre, qu’elle soit fortuite ou organisée, ne peut être considérée comme politiquement anodine.
Le paradoxe est saisissant. Macky Sall est le président sous le régime duquel Karim Wade a été condamné et Bassirou Diomaye Faye privé de liberté. Hier adversaires irréductibles, leurs chemins se croisent aujourd’hui dans un contexte qui appelle des explications.
Mais le véritable débat est ailleurs.
Les Sénégalais n’ont pas élu Bassirou Diomaye Faye pour réaménager le système qu’ils avaient choisi de sanctionner. S’ils avaient voulu la continuité, ils auraient voté pour son candidat. Ils ont choisi un homme qui promettait la rupture.
Il convient également de rappeler un fait essentiel : la majorité de 130 députés a été obtenue sous la bannière de Pastef. Elle n’est pas le produit du futur parti présidentiel, mais celui d’un projet politique validé par les électeurs. Dès lors que le président choisit aujourd’hui de s’en éloigner pour créer sa propre formation, il engage sa responsabilité politique personnelle. Pastef, lui, reste comptable de la ligne politique qui lui a valu la confiance des Sénégalais.
Le débat n’est donc plus celui de Pastef. Il est désormais celui de Bassirou Diomaye Faye.
Rien ne permet d’affirmer qu’un accord politique a été conclu à Doha. Rien ne permet davantage d’affirmer le contraire. C’est précisément parce qu’aucune explication n’a été donnée que cette rencontre nourrit autant de commentaires.
Un mandat populaire n’est pas un chèque en blanc. C’est un engagement. On ne sollicite pas la confiance d’un peuple au nom de la rupture pour ensuite donner le sentiment de renouer avec les figures que cette rupture promettait de dépasser. En politique, la crédibilité se mesure d’abord à la fidélité à la parole donnée.

