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Fondation ou contournement ? Une question de transparence publique

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Fondation ou contournement ? Une question de transparence publique

« Monsieur le Président, pourquoi créer ce qui existe déjà ? » La question mérite d’être posée avec clarté, sans détour ni passion inutile. Car derrière l’annonce de la création d’une fondation au Sénégal, c’est moins l’intention affichée qui interroge que la nécessité réelle d’un tel instrument.

L’État sénégalais n’est pas démuni. Bien au contraire. Il dispose d’un arsenal juridique et institutionnel solide permettant de mobiliser des ressources au service du social. Dons, subventions, partenariats extérieurs : ces mécanismes existent, sont encadrés, et surtout, sont soumis à des règles de gestion et de contrôle clairement établies. Des ministères aux agences publiques, en passant par les structures spécialisées, tout un dispositif est déjà en place pour canaliser et redistribuer ces appuis au bénéfice des populations.

Dès lors, une interrogation simple s’impose : pourquoi créer une structure parallèle ? Dans un contexte économique marqué par des tensions sociales et des attentes fortes, chaque initiative publique doit répondre à un impératif de pertinence et d’efficacité. Or, multiplier les instruments peut parfois diluer les responsabilités plutôt que renforcer l’action.

Mais au-delà de la question de l’utilité, c’est celle de la transparence qui devient centrale. Une fondation, par nature, peut bénéficier d’une plus grande souplesse. Cette souplesse est-elle un atout ou un risque ? Sera-t-elle soumise aux mêmes exigences que les institutions publiques classiques ? L’Inspection générale d’État, la Cour des comptes, l’Assemblée nationale, ou encore les organes de lutte contre la corruption auront-ils un droit de regard clair et effectif sur sa gestion ?

Ces interrogations ne relèvent ni de la suspicion gratuite ni de l’opposition systématique. Elles traduisent une exigence démocratique fondamentale : celle de la redevabilité. Dans un État moderne, la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Et elle repose sur des mécanismes transparents, lisibles et accessibles à tous.

Créer une fondation sans clarifier en amont ses modalités de gouvernance et de contrôle, c’est prendre le risque d’alimenter le doute. Qui mobilise les ressources ? Qui les gère ? Qui les contrôle ? Et surtout, au nom de qui ?

À l’heure où les citoyens demandent plus de rigueur, plus de cohérence et plus de clarté dans la gestion des affaires publiques, toute initiative qui semble s’écarter des circuits classiques doit être expliquée, justifiée et encadrée avec une précision irréprochable.

Car au fond, la vraie question n’est pas de savoir si une fondation peut faire du bien. Elle est de savoir si elle est nécessaire — et surtout, si elle sera exemplaire.

Dans un contexte où chaque franc compte et où chaque décision publique est scrutée, l’exigence est simple : pas d’innovation institutionnelle sans transparence totale. Le contraire ne serait pas seulement une erreur politique. Ce serait une faute de confiance.


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