Opinions Libres

La voix du peuple

12 vues

Primes, incohérences et fracture sociale : jusqu’où demander aux Sénégalais de serrer la ceinture ?

Partagez sur facebook

Primes, incohérences et fracture sociale : jusqu’où demander aux Sénégalais de serrer la ceinture ?

La victoire du Sénégal à la Coupe d’Afrique des Nations est une fierté nationale. Elle est le fruit du travail, du talent et du sacrifice des joueurs, de l’encadrement technique et de tous ceux qui, directement, ont contribué à cette performance historique. À ce titre, qu’ils bénéficient de primes est compréhensible et largement accepté par l’opinion.

Mais ce qui interroge profondément aujourd’hui, c’est l’extension de ces primes à des cercles toujours plus larges, jusqu’aux agents du ministère des Sports, sans explication claire sur leur contribution réelle à la victoire sportive. Plus de 300 millions distribués dans un contexte où l’on nous répète que le pays est en zone rouge, que les marges budgétaires sont étroites et que les sacrifices sont nécessaires, cela pose un sérieux problème de cohérence.

La question n’est pas seulement financière, elle est morale et sociale.

En quoi un agent administratif serait-il plus fondé à recevoir une prime qu’un supporter qui a parcouru des milliers de kilomètres à ses propres frais pour soutenir le drapeau national ? En quoi un membre d’une fédération serait-il plus méritant qu’un citoyen du “deuxième Guindé”, qui vit les difficultés quotidiennes mais continue de croire au Sénégal ?

Plus grave encore, cette générosité sélective intervient après un autre épisode resté en travers de la gorge des Sénégalais : l’achat de véhicules par les députés, alors que l’on demandait simultanément au peuple de faire preuve de retenue et de patience. Cette décision avait déjà été une pilule amère. Y ajouter aujourd’hui des primes jugées disproportionnées par une large frange de la population, c’est prendre le risque d’aggraver la fracture entre gouvernants et gouvernés.

Dans le même temps, des Sénégalais souffrent. Le coût de la vie augmente, le pouvoir d’achat s’érode, les jeunes peinent à trouver un emploi, et beaucoup de familles vivent dans l’angoisse du lendemain. Face à cette réalité, les symboles comptent autant que les chiffres. Et les symboles envoyés aujourd’hui sont désastreux.

Enfin, comment ne pas évoquer le décès tragique d’un supporter sénégalais au Maroc ? Les hommages et les prières sont nécessaires, mais ils ne remplacent pas la vérité. Le peuple sénégalais est en droit de savoir dans quelles conditions l’un des siens a perdu la vie. La fraternité entre États ne doit jamais être un obstacle à la transparence et à la justice.

Après toutes ces décisions et ces silences, il devient légitimement difficile de continuer à mobiliser les Sénégalais, de leur demander de “serrer la ceinture” et d’accepter des sacrifices, lorsque ceux qui gouvernent donnent le sentiment de ne pas se les appliquer à eux-mêmes.

Un gouvernement ne se fragilise pas seulement par des crises économiques, mais aussi par l’accumulation de décisions perçues comme injustes. Et à ce rythme, le coût politique et social de ces choix pourrait être bien plus élevé que les primes elles-mêmes.


Partagez sur facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *