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Société sénégalaise : la retenue perdue à l’ère des réseaux sociaux

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Société sénégalaise : la retenue perdue à l’ère des réseaux sociaux

Il fut un temps où la retenue, la pudeur et la discrétion étaient les plus belles parures de la femme sénégalaise. Dans nos quartiers, dans nos familles, les affaires privées se réglaient entre quatre murs, loin des oreilles indiscrètes. On lavait son linge sale en famille, on préservait la dignité de l’autre, même au cœur du désaccord.

Mais ce temps semble révolu. Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont devenus les nouveaux tribunaux populaires où se jouent les drames intimes, les divorces médiatisés, les rancunes conjugales étalées sans gêne. On y raconte ses “expériences” de mariage, on y juge, on y condamne — souvent sans preuve, sans contradiction, avec un public assoiffé de scandale.

Le mari devient l’accusé, la femme la victime ou inversement, selon la tendance du jour. Et ces “procès” sans défense se tiennent sous les yeux d’une foule virtuelle qui se délecte des malheurs d’autrui. La dignité est piétinée au nom de la “liberté d’expression” et du “contenu viral”.

Le plus inquiétant, c’est que ces inepties trouvent un écho favorable. Une vidéo de ragots, un live où l’on dissèque la vie d’une célébrité, récolte des millions de vues en quelques heures. Mais qu’un intellectuel ou un citoyen tente de parler d’éducation, de civisme ou de valeurs, il peine à atteindre quelques centaines de personnes.

Notre société semble fascinée par la chute, par la honte, par la destruction symbolique de l’autre. Les influenceurs autoproclamés, sans repères ni limites, alimentent cette dérive. Ils ont fait des réseaux sociaux un champ de bataille où s’affrontent ego, frustrations et mensonges.

La retenue, cette vertu qui faisait la noblesse de la femme sénégalaise, s’efface peu à peu. Elle laisse place à une exposition sans pudeur, à une parole sans filtre, à une quête effrénée de visibilité. L’honneur et la dignité deviennent des valeurs désuètes, bonnes pour les “anciens”.

Il faut le dire sans détour : la société sénégalaise est malade. Malade d’un excès de parole, malade d’un manque de repères, malade d’une soif d’approbation virtuelle qui nous éloigne de notre humanité.

Les réseaux sociaux auraient pu être des espaces d’apprentissage, de partage, d’élévation. Ils sont devenus, hélas, des arènes où l’on dévore nos semblables à coups de likes et de commentaires.

Il est temps de retrouver la retenue, la décence, et le respect du silence. Il est temps de redonner du sens à la parole publique, et de comprendre que parler n’est pas toujours un signe de courage, parfois c’est un aveu de faiblesse.

Car au fond, la grandeur ne réside pas dans ce qu’on expose, mais dans ce qu’on préserve.

Nos jugements ne disent pas qui sont les autres, ils révèlent simplement qui nous sommes.
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