Relance de La Poste : Sonko lance un plan choc en deux temps, entre sauvetage urgent et transformation 2025–2029
Relance de La Poste : Sonko lance un plan choc en deux temps, entre sauvetage urgent et transformation 2025–2029
Le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé, lundi 1er septembre, à la Primature, un Conseil interministériel intégralement dédié au redressement du Groupe SN La Poste. Autour de lui : plusieurs ministres, des directeurs d’agences publiques, des représentants syndicaux, des associations d’usagers et des acteurs du privé postal. À l’issue des travaux, le gouvernement a dévoilé un plan en deux phases — « redressement » d’ici fin 2025, puis « relance » jusqu’en 2029 — pour sauver un opérateur public clé en crise depuis plus d’une décennie.
Un diagnostic sévère
Le relevé officiel pointe une « crise systémique » : effectifs passés d’environ 2 600 à plus de 4 100 agents entre 2012 et 2021 (+60 %) sans gains de productivité, masse salariale en hausse de plus de 40 % tandis que le chiffre d’affaires reculait de 26 %. Fin 2024, les pertes cumulées dépassaient 100 milliards FCFA, avec des capitaux propres négatifs de 156 milliards et un déficit supérieur à 9 milliards sur les dépôts des clients des CCP et de la Caisse nationale d’épargne. Plus de 80 % du parc automobile serait hors d’usage.
Les mesures-phares arrêtées
D’ici décembre 2025 (phase de redressement)
- Recapitalisation de la SN La Poste et mise à jour des états financiers.
- Plan de départs négociés avec sécurisation des salaires et climat social apaisé.
- Apurement des dettes : remise gracieuse des dettes fiscales (≈ 6,2 Mds FCFA) et règlement d’environ 2 Mds FCFA de dettes sociales.
- Liquidité de Postefinances : décaissement de 5 Mds FCFA par la CDC avant décembre 2025.
- Cadre juridique : finalisation du Code des postes et création d’un Fonds de développement du service universel postal.
2025–2029 (phase de relance)
- Valorisation du patrimoine immobilier (près de 150 sites) et mutualisation du potentiel télécoms avec d’autres structures publiques.
- Renforcement de la régulation du domaine réservé (lutte contre la concurrence illégale).
- Relance d’EMS Sénégal, notamment via le transport des valises diplomatiques.
- Paiements de masse : priorité donnée au réseau de La Poste pour les flux parapublics.
- Mutation de Postefinances en Banque postale avec ouverture au capital privé au plus tard en 2029.
- Accélération digitale : messagerie électronique nationale, e-commerce national et transfrontalier en lien avec PME et start-ups.
Ce qui va changer pour les usagers
Le gouvernement promet une fiabilité renforcée des services, une meilleure inclusion financière — notamment en zones rurales — et une logistique modernisée au service du e-commerce et des administrations, avec un recentrage sur les missions de service universel.
La dimension sociale au cœur des débats
En amont et en marge du Conseil, des syndicats ont alerté sur les risques sociaux d’une restructuration, appelant à des mesures de reclassement, de reconversion et d’accompagnement financier pour les agents les plus vulnérables. L’Exécutif, qui dit viser un climat social apaisé, sera scruté sur l’exécution des départs négociés et la sécurisation des salaires.
Enjeu stratégique
Pivot de l’inclusion sociale et financière, La Poste demeure un levier d’aménagement du territoire et un bras logistique de l’État. La réussite du plan dépendra de la gouvernance (audit, transparence, comptes certifiés), de la capacité d’investissement (patrimoine valorisé, partenariats) et d’une régulation ferme du marché postal. Les prochaines étapes seront la finalisation des textes (Code des postes, Fonds du service universel), la recapitalisation et le déclenchement des premières mesures sociales d’ici la fin de l’année.
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