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La voix du peuple

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Avant la réconciliation, la justice d’abord, Monsieur le Président. (PMD)

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Avant la réconciliation, la justice d’abord, Monsieur le Président

Le 1er décembre 2024, à Thiaroye, lors de la commémoration du 80ᵉ anniversaire du massacre des tirailleurs sénégalais, Monsieur le Président, vous avez prononcé une phrase forte, presque historique, en hommage à ces hommes sacrifiés par l’injustice coloniale. Vous avez dit :

« Identifier les victimes et situer les responsabilités est essentiel pour ouvrir la voie à une réconciliation sincère. »
Ces mots ont traversé les silences, ravivé les mémoires, réveillé les consciences. Ils portaient l’empreinte de la vérité, la promesse d’un Sénégal nouveau, fondé non sur l’oubli, mais sur la reconnaissance, la justice et la responsabilité. Beaucoup y ont vu un tournant. Un engagement moral. Un serment républicain.
Mais hier, lors de la présentation des conclusions du dialogue national, vous avez surpris. Évoquant les blessures de la période 2021–2024, le contexte électoral houleux, les tensions, les divisions, vous avez tendu la main au peuple, en appelant à la réconciliation nationale. Votre ton était digne, votre message mesuré. Mais un mot manquait. Un mot essentiel. Un mot que vous aviez vous-même placé au cœur du processus de guérison : justice.

Était-ce un oubli involontaire ? Peut-être. Mais si tel est le cas, permettons-nous de le rappeler, avec gravité et lucidité.

Car oui, le Sénégal est fracturé. Oui, son tissu social est meurtri. Oui, son peuple aspire à la paix. Mais il ne peut y avoir de réconciliation sans justice. Il ne peut y avoir d’unité sans vérité. Il ne peut y avoir d’apaisement sans que les responsabilités soient établies, reconnues, assumées.

Comment peut-on sérieusement parler de réconciliation alors que plus de 80 jeunes Sénégalais ont trouvé la mort entre 2021 et 2023, dans nos rues, parfois sous les balles, parfois dans un silence d’État, parfois pour avoir simplement voulu manifester ? Comment parler de pardon quand aucune lumière n’a été faite, quand les auteurs des violences n’ont pas été nommés, ni jugés, ni même inquiétés ? Comment parler d’oubli quand les mères pleurent encore, que les familles attendent encore, que les tombes restent muettes et que l’impunité prospère ?

Et ce n’est pas seulement le sang versé. C’est aussi le carnage économique. La prédation méthodique de nos ressources publiques. Les marchés surfacturés. Les projets détournés. L’argent qui aurait dû construire des écoles, des hôpitaux, des routes, et qui a été englouti dans la cupidité de quelques-uns.

Un hôpital non construit, c’est un malade non soigné. Une ambulance jamais livrée, c’est une vie en danger. Un centre de santé sans équipement, c’est une femme qui meurt en couche, un enfant perdu faute de soins. Le détournement de fonds publics n’est pas un délit administratif. C’est un crime aux conséquences humaines. C’est un poison lent qui ronge l’État, mine la confiance, tue la dignité.

Alors oui, Monsieur le Président, nous voulons la réconciliation. Mais pas une réconciliation cosmétique, née autour d’une table de dialogue sans vérité ni réparation. Pas un pardon dicté par la commodité politique ou les exigences d’équilibre institutionnel. Nous voulons une réconciliation authentique, durable, enracinée dans la justice.

Avant de demander au peuple de tourner la page, encore faut-il qu’il sache qui a tenu la plume.
• Qui a ordonné la répression ?
• Qui a couvert les exactions ?
• Qui a vidé les caisses publiques ?
• Qui a affaibli la santé, l’éducation, la justice, au profit de ses intérêts ?

Les victimes attendent. Le pays attend. L’Histoire aussi.

Il ne peut y avoir de paix durable sans justice.
Il ne peut y avoir de pardon sans vérité.
Il ne peut y avoir de réconciliation sans mémoire.

Monsieur le Président, vous incarnez l’espoir d’un renouveau. Ne sacrifiez pas cette espérance sur l’autel de la stabilité. Le Sénégal nouveau que vous avez promis ne se construira pas sur l’amnésie ni sur les compromis douteux. Il se construira, comme vous l’avez vous-même rappelé à Thiaroye, sur la justice, la responsabilité et la dignité retrouvée.
PMD
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