Presse et salariés : partenaires… seulement quand ça va mal !
Presse et salariés : partenaires… seulement quand ça va mal !
La crise actuelle de la presse a eu le mérite de mettre en lumière un fait que beaucoup soupçonnaient, mais dont peu avaient la preuve : l’opacité totale qui entoure la gestion des aides publiques versées au secteur. Car sans cette crise, les salariés comme l’opinion publique n’auraient probablement jamais été informés du montant exact des subventions attribuées par l’État aux entreprises de presse. Tant que l’argent arrivait régulièrement, tant que les robinets étaient ouverts et que l’eau coulait à flot, c’était silence complet. Ni assemblée générale, ni note interne, ni explication. L’argent coulait, et avec lui s’installait un mutisme confortable.
Or, dès que les financements se raréfient, que les robinets se ferment et que le sol se craquelle, soudain, miracle : la parole se libère. On évoque publiquement les aides, leur montant, leur importance vitale, et l’on explique que sans elles, l’avenir est compromis. La transparence, en somme, n’existe que dans le manque, jamais dans l’abondance. On pourrait presque résumer la logique ainsi : en période de « pluie », on garde le parapluie bien fermé ; en période de « sécheresse », on s’agite et l’on appelle à la solidarité.
Pourtant, cette asymétrie de discours interroge. Les salariés ne sont jamais conviés à partager les périodes fastes, mais deviennent les premiers mobilisés quand la situation se dégrade. Aucune information ne leur est donnée lorsque les caisses sont pleines, aucune reconnaissance ne leur est adressée lorsque la trésorerie est solide. En revanche, lorsque les chiffres virent au rouge, on les convoque, on les informe, et surtout, on leur demande des efforts, de la compréhension et de la résilience.
Le paradoxe est d’autant plus frappant qu’il s’agit du secteur de la presse : celui qui se présente comme le garant de la transparence, de l’information et du droit de savoir. Comment défendre ces valeurs à l’extérieur tout en cultivant une telle opacité en interne ? Comment demander au public de croire à la sincérité d’une profession qui s’applique si peu à elle-même les principes qu’elle prône ? L’ironie est cruelle : la presse, qui dénonce les zones d’ombre ailleurs, pratique l’omerta dès qu’il s’agit de ses propres finances.
La crise actuelle ne révèle donc pas seulement une fragilité économique ; elle met aussi à nu une conception du dialogue social à sens unique. Les salariés n’ont droit ni aux bénéfices ni à l’information en période prospère, mais on leur demande compassion et sacrifices dans les moments difficiles.
En somme, cette crise aura eu au moins une vertu : démontrer que dans les entreprises de presse, les salariés ne sont partenaires… que lorsque tout va mal.
PMD
OPINIONS LIBRES

