La Chine serait-elle la prochaine cible de l’Occident ? Par Dr Ahmed Khalifa Niasse — avec commentaires et analyse de la rédaction
La Chine serait-elle la prochaine cible de l’Occident ?
Par Dr Ahmed Khalifa Niasse — avec commentaires et analyse de la rédaction
Une guerre en Ukraine au service d’un projet plus vaste
L’on peut s’interroger sur le but ultime de la guerre en Ukraine. L’Occident, dans sa globalité, mène depuis quelques années une guerre contre la Russie. Ce pays a été atteint plusieurs fois, que ce soit à Koursk ou lors d’événements liés aux drones véhiculés par camions jusqu’à l’intérieur de la Russie, ainsi que les escarmouches qui ont visé Moscou.
L’auteur voit dans ces actions une montée en puissance graduelle des moyens militaires occidentaux et ukrainiens contre la Russie.
De fait, les frappes de drones à l’intérieur du territoire russe, notamment à Koursk ou près de Moscou, illustrent une évolution du conflit : la ligne de front ne se limite plus au Donbass.
En fait, le jeu des Occidentaux consiste à s’habituer de près à une guerre qui chercherait à neutraliser la Russie. Juste après Poutine, en indiquant l’âge assez « avancé » de Poutine en tant que président, qui serait d’ailleurs dans le collimateur d’éventuels tueurs à gage. C’est d’ailleurs l’objectif lointain de l’Occident, qui s’attend à la fin de Poutine par ce moyen ou d’autres.
Selon le Dr Niasse, l’Occident prépare déjà « l’après-Poutine ». Il avance que la disparition du président russe, par quelque moyen que ce soit, ouvrirait la voie à une déstabilisation interne.
Une hypothèse que plusieurs think tanks occidentaux envisagent aussi, sans toutefois la formuler aussi crûment.
Un démantèlement potentiel de la Russie
Un vide en Russie ouvrirait la voie à la proclamation d’indépendance de plusieurs républiques de la fédération. Cela permettrait aussi à des alliés tels que le Japon de récupérer les îles Kouriles qu’il avait perdues à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Cette vision évoque un scénario de fragmentation, comparable à la chute de l’Union soviétique.
Le Japon revendique effectivement les îles Kouriles du Sud depuis 1945. Un effondrement du pouvoir central russe pourrait raviver cette question territoriale.
À ce moment, l’Occident se trouvera sur un front de plusieurs centaines de kilomètres. À l’est, il y a les îles Kouriles ; la Mongolie pourrait retourner sa veste. Quel sera, alors, le rôle de la Corée du Sud surarmée ? Comme arrière-cour, il y a tout un chapelet de pays, plus ou moins grands, dont je citerai l’Australie, les Philippines et Taïwan.
L’auteur dépeint ici un dispositif géopolitique où la Russie serait contenue à l’ouest, pendant que l’Asie orientale serait mobilisée pour encercler la Chine.
Cette analyse rejoint celle de plusieurs géostratèges chinois, qui perçoivent la présence américaine en Indo-Pacifique (alliances AUKUS, QUAD, renforcement de Taïwan) comme une manœuvre d’encerclement.
L’encerclement progressif de la Chine
À l’ouest de la Chine, la récupération de la base de Bagram en Afghanistan est à nouveau à l’ordre du jour. Ne serait-ce que pour compléter l’encerclement de la Chine en question.
La base aérienne de Bagram, abandonnée en 2021 par les États-Unis, demeure symbolique. Son éventuelle réutilisation traduirait une volonté américaine de se redéployer dans la région.
Si en plus de cela l’Occident arrive à installer un régime fantoche en Iran, l’encerclement de la Chine serait alors complet. Et comme pendant la Guerre de l’Opium, l’Occident se montrera très agressif avec cet encerclement militaire, mais aussi politique et économique.
Pour le Dr Niasse, l’Occident chercherait à isoler la Chine sur tous les plans : militaire, diplomatique et économique.
L’auteur établit ici un parallèle historique fort avec la Guerre de l’Opium du XIXᵉ siècle, lorsque les puissances occidentales imposèrent à la Chine leur domination commerciale. Aujourd’hui, ce rapport de force s’exprime à travers les restrictions technologiques, les sanctions sur les semi-conducteurs ou encore les alliances militaires dans le Pacifique.
Tout le monde doit le comprendre. À travers la Russie, pour les Occidentaux, l’enjeu, c’est la Chine.
Une phrase qui résume la thèse centrale : la guerre en Ukraine ne serait qu’une étape dans une confrontation plus large.
Analyse : vers une nouvelle Guerre froide ?
L’argumentaire du Dr Niasse s’inscrit dans une lecture multipolaire du monde :
- L’Occident (États-Unis et alliés) chercherait à maintenir sa suprématie par la pression économique et militaire.
- La Russie serait la première cible, car elle sert de bouclier à la Chine.
- La Chine, à terme, représenterait l’enjeu final de ce vaste affrontement géostratégique.
De nombreux experts occidentaux reconnaissent qu’une “rivalité systémique” oppose désormais Washington à Pékin, bien que la logique d’encerclement militaire ne fasse pas consensus. L’idée d’une “nouvelle Guerre froide” entre le bloc occidental et le tandem sino-russe, en revanche, est de plus en plus partagée.
Dr Ahmed Khalifa Niasse
Analyste politique, diplomate et penseur panafricain.

