Fin de mission d’Aïda Mbodj à la tête de la Coalition “Diomaye Président” : un nouveau signe de tension entre Sonko et Diomaye
Fin de mission d’Aïda Mbodj à la tête de la Coalition “Diomaye Président” : un nouveau signe de tension entre Sonko et Diomaye
Dakar, 11 novembre 2025 — Dans une lettre officielle datée de ce mardi 11 novembre, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a informé Madame Aïda Mbodj de la fin de sa mission à la tête de la Coalition “Diomaye Président”.
Le chef de l’État a salué, dans le même courrier, “l’engagement et la contribution majeure” de l’ancienne ministre lors de la victoire historique du 24 mars 2024.
Cette décision intervient dans un contexte où les signes de désaccord entre le président Faye et son mentor politique, le Premier ministre Ousmane Sonko, se multiplient — malgré leur appartenance commune au PASTEF, et le slogan de campagne désormais célèbre : « Sonko moy Diomaye » (“Sonko, c’est Diomaye”).
Des propos de Sonko qui sèment le trouble
Lors du meeting du 8 novembre dernier, à Pikine, Ousmane Sonko avait tenu un discours très commenté.
Il y a notamment insinué qu’un rapport d’audit aurait épinglé l’ancienne Première ministre Aminata Touré pour une somme de deux milliards de francs CFA, avant d’annoncer la mise en place prochaine d’une nouvelle coalition politique autour du Pastef.
Selon ses mots, Aïda Mbodj devait en devenir la coordinatrice.
Cette annonce a créé un certain flottement politique, d’autant plus que Mme Mbodj occupait déjà une position stratégique au sein de la coalition présidentielle “Diomaye Président”.
La lettre du président mettant fin à sa mission, rendue publique trois jours après ce meeting, apparaît pour beaucoup comme une réponse directe aux propos du Premier ministre.
Des divergences de plus en plus visibles
Ce n’est pas la première fois que des différences de vision entre le président Diomaye Faye et Ousmane Sonko apparaissent publiquement.
Il y a quelques mois, la nomination d’un président du conseil d’administration (PCA) par décret présidentiel avait suscité un malaise :
Sonko, sur sa page Facebook, avait publiquement promis que la décision serait “corrigée”.
Mais le président Faye n’était finalement pas revenu sur sa nomination, marquant une première fracture entre les deux têtes de l’exécutif.
Ces épisodes successifs nourrissent les interrogations sur la nature réelle du rapport entre les deux figures de Pastef.
Car si Sonko est le mentor, l’inspirateur et le fondateur du mouvement, Diomaye Faye en est aujourd’hui le visage institutionnel et le détenteur du pouvoir exécutif.
Une dualité inédite dans l’histoire politique sénégalaise.
Entre loyauté et affirmation d’autorité
Pour certains observateurs, la fin de mission d’Aïda Mbodj illustre la volonté du président Diomaye Faye de s’affirmer comme chef de l’État à part entière, sans se laisser dicter son agenda par son Premier ministre, aussi charismatique soit-il.
Pour d’autres, elle marque simplement une réorganisation interne normale dans la dynamique du pouvoir.
Mais une chose est certaine : le tandem Sonko–Diomaye traverse une zone de turbulences, alors même qu’ils partagent la même base idéologique et la même bannière politique.
Cette situation alimente les discussions au sein de la majorité, où certains redoutent que les divergences stratégiques ne fragilisent la cohésion du projet “Patriote”.
Un tournant pour la coalition présidentielle
La fin de la mission d’Aïda Mbodj pourrait être le prélude à une restructuration politique plus large.
Entre la volonté de Sonko de redéployer le Pastef sur le terrain politique et celle de Diomaye Faye de consolider son autorité présidentielle, la majorité au pouvoir semble devoir trouver un nouvel équilibre.
L’avenir dira si le duo fondateur du slogan « Sonko moy Diomaye » saura préserver son unité symbolique — ou si les logiques de pouvoir finiront par redessiner les contours de la révolution politique née en mars 2024.

