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Dakar, cité non aedificandi, par Dr Ahmed Khalifa Niasse

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Dakar, cité non aedificandi

La région, la zone, de Dakar, a une particularité. Elle ne représente, par rapport au Sénégal actuel, que 0,3% de la superficie du pays. Cependant près de 45% de notre population y vit. De manière permanente ou y séjourne occasionnellement dans l’année. Pourtant cette partie du pays, il y a cent cinquante ans, au XIXe siècle, si on y regarde bien, il s’agit de ce que nos colonisateurs ont appelé la presqu’île du Cap Vert.

Une zone entourée par l’océan Atlantique sur ses trois côtés. Un seul côté constituant sa largeur la plus étendue est de terre ferme.
A l’intérieur de cette terre il y avait (et il y a toujours) des bas-fonds très grands. Ces bas fonds conservent l’eau de pluie pendant une bonne période de l’année . Il s’agit de zones appelées tantôt Pout ou Potou et quelques fois Niayes.
Pout ou Potou sont des zones où nos bonnes femmes pouvaient faire la lessive avec de l’eau en abondance.
Niayes est la déformation du mot gnay qui désigne un éléphant. Il sera facile de deviner que Dakar a été pendant longtemps une zone où il existait des éléphants.
Wogou gnay , l’endroit où les éléphants s’abreuvaient .
Gnay tchoker , un endroit où il y avait des éléphants et des perdrix.

Voilà un aspect de Dakar il y a cent cinquante ans.
Nos colonisateurs blancs n’ont pas voulu y habiter. Ils édifiérent les capitales du Sénégal et de la Mauritanie à Saint Louis. Et c’est plus tard qu’ils ont pris une bande, celle qui jouxte le Cap Manuel et ses hauteurs pour y habiter. Et prêts à prendre le large avec les navires qui les y avaient amenés. Dakar n’était pas encore assez peuplé. Il y avait de petits Penc de quelques dizaines de cases chacun.
C’était cela Dakar.
Aujourd’hui c’est dans ce millier de bas-fonds où la nappe affleure qu’on a édifié des habitations. Ces constructions obstruent les voies d’évacuation naturelle des eaux. Obligeant ces eaux à se répandre dans les maisons. Et les constructions d’immeubles dans ces endroits se multiplient à un rythme effréné.
Aujourd’hui on estime que Dakar a reçu mille fois le nombre et le poids des bâtiments qu’il comptait lors de notre indépendance en 1960.
Ce poids colossal finira par faire que l’eau de surface retrouve l’eau de mer en dessous. Pire que des inondations périodiques d’à peu près 90 jours. Cela menace, à long terme, l’existence même de l’île.
Comme si cela ne suffisait pas, nous risquons d’être surpris, tellement nous fermons les yeux sur une évidence, par le volcan sur lequel le phare des Mamelles est érigé . Sachant que ce volcan pourra se projeter sur plus de cinquante kilomètres à la ronde autour de Ouakam en cas d’éruption. La zone située entre les Almadies et un endroit proche de la ville de Pout seront inhabitables.
À Dakar on s’installe comme on veut. Les autorisations de l’Administration ne font jamais défaut. l’État ne fait rien de responsable en la matière. Jusqu’ici.
Une vision politique qui permet de canaliser l’eau des inondations devenues banales à Dakar coûterait moins cher que de construire le reste du Sénégal de manière futuriste.
Ce coût exorbitant peut aller jusqu’à un million de francs CFA au mètre carré . Pour mettre en place des infrastructures susceptibles de protéger ce qui est aujourd’hui Dakar. Et de manière permanente. Le coût sera insupportable.
Même le dixième de ce montant ne peut être supporté par les pouvoirs publics.
Ce qui vient d’être dit est une alerte pour nous, nos enfants, nos petits enfants et les futures générations.
Et que, pour l’avenir, personne ne puisse écrire sur notre inconscience sur le danger que constitue Dakar.
Je ne dirais rien si de fortes inondations survenaient spontanément avec une éruption du volcan en question. Mon rôle, en tant que presque octogénaire, n’est pas d’évoquer les oiseaux de mauvais augure. Mais simplement de dire un mot qui, un jour, pourra servir.

Dr Ahmed Khalifa Niasse


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