Osons nous dire la vérité, même si elle nous avantage
Osons nous dire la vérité, même si elle nous avantage
Qu’on arrête de nous parler de légalité.
Osons, une fois pour toutes, nous regarder en face. Sans masque, sans calcul, sans hypocrisie.
Oublions nos partis, nos intérêts, nos privilèges, nos avantages de circonstance.
Disons-nous la vérité : ce qui était inacceptable hier ne peut pas devenir normal aujourd’hui.
Parce que la vérité, c’est que nous avons perdu nos repères.
Ce qui, il y a quelques années, provoquait l’indignation générale, devient aujourd’hui matière à justification, voire à banalisation.
On se cache derrière la légalité pour fuir la morale. On invoque le droit pour étouffer l’éthique.
Mais la légalité n’a jamais été une excuse pour l’injustice.
Qu’a-t-on fait de nos principes ?
Pourquoi cherchons-nous toujours à justifier l’injustifiable ?
Pourquoi est-il devenu si difficile de dire “non”, même quand ce “non” pourrait nous coûter un avantage ?
Dans un pays où l’eau potable est un luxe — oui, un luxe — même en pleine zone urbaine, on vient expliquer au peuple que les fonds politiques et les fonds communs sont “légaux”.
Comme si le fait d’être légal suffisait à être juste.
Comme si la misère des uns pouvait être tolérée parce que le texte protège le confort des autres.
Et surtout, dans ce contexte de “redressement national”, où l’on demande aux citoyens de serrer la ceinture, d’endurer encore un peu, d’attendre encore plus, il est impudique — oui, impudique — de maintenir dans le budget des fonds politiques et des fonds communs.
On ne peut pas exiger du peuple des sacrifices, pendant qu’on protège les privilèges d’une minorité.
Ce n’est pas seulement injuste, c’est indécent.
Et quand l’indécence devient une habitude, c’est le signe que le pays se perd.
Vous refusez d’abandonner vos avantages, tout en exigeant du peuple qu’il renonce aux siens — à ses besoins, à sa dignité, parfois même à son espoir.
C’est pathétique.
Parce que la justice sociale, ce n’est pas un discours : c’est un acte.
Et le courage politique, ce n’est pas d’annoncer des réformes, c’est de s’y soumettre soi-même.
On a parlé de révolution, pas d’une simple alternance où les privilèges restent et seuls les privilégiés changent.
Changer des visages sans changer les pratiques, c’est tromper l’Histoire.
Et le peuple sénégalais mérite mieux que des illusions nouvelles sur des injustices anciennes.
Le Sénégal ne manquera jamais de lois, il manquera toujours de courage tant que nous refuserons de regarder la vérité en face.
Osons dire non à l’injustice, même quand elle nous avantage.
Osons remettre en question nos propres privilèges.
Osons penser au pays avant de penser à nos poches.
Parce que le vrai patriotisme ne se mesure pas au nombre de drapeaux qu’on brandit, mais au nombre de privilèges qu’on est prêt à abandonner pour le bien commun.
C’est à ce prix ( et à ce prix seulement ) qu’un pays se redresse.
Osons nous dire la vérité, même si elle nous avantage.
PMD
OPINIONS LIBRES

