TER : Le cri d’alerte prémonitoire d’Ahmed Khalifa Niasse en 2017 refait surface
TER : Le cri d’alerte prémonitoire d’Ahmed Khalifa Niasse en 2017 refait surface
Date : 22 juillet 2025
Dakar, Sénégal — En 2017, alors que le Train Express Régional (TER) n’en était qu’à ses débuts de mise en œuvre, une voix s’élevait pour alerter sur les dérives financières et politiques du projet. Ahmed Khalifa Niasse, homme politique et intellectuel engagé, dénonçait avec vigueur ce qu’il considérait comme une opération déséquilibrée, ruineuse et symptomatique d’une dépendance économique persistante envers la France.
Dans un article sans détour, il comparait le coût du TER sénégalais à celui d’un contrat signé par la Région Île-de-France avec le même fournisseur, ALSTOM. À la lumière de ces chiffres, l’écart est vertigineux : 61 millions d’euros par rame pour le Sénégal contre 15 millions pour la France. Un rapport de 1 à 4, voire 1 à 5, que Niasse qualifie de « détérioration des termes de l’échange », une référence directe à la pensée économique du président-poète Léopold Sédar Senghor.
« À chaque fois qu’un chef de famille veut acheter un sac de riz, il faudrait qu’il en paye quatre aux Français », écrivait-il, soulignant l’absurdité économique de l’opération. Il poursuivait en affirmant que cette situation illustre ce qu’il nomme « le développement interdit », un modèle où les ressources africaines servent plus à enrichir les pays fournisseurs qu’à bâtir les économies locales.
Plus grave encore, selon lui, le Sénégal ne ferait pas qu’acheter cher : il financerait indirectement les infrastructures françaises. « C’est notre pays qui paie le train de banlieue parisien », affirmait-il, soulignant que l’appel d’offres français n’a été lancé qu’après la signature du contrat sénégalais, laissant entendre que l’argent sénégalais aurait servi d’avance de trésorerie.
Outre l’aspect financier, Niasse s’attaquait également aux fondements structurels de la relation franco-sénégalaise, y voyant la persistance d’un impôt colonial. Il relie cette logique à l’existence du franc CFA, qu’il qualifie de « monnaie coloniale » et de « premier joug » à briser pour une véritable émancipation.
Il proposait à l’époque une vision alternative : investir les 500 millions d’euros dans un réseau ferroviaire de 500 km reliant Dakar à des villes de l’intérieur comme Kaolack, Tambacounda ou Kaffrine. Une option, selon lui, bien plus structurante pour l’économie nationale.
Aujourd’hui, alors que le coût réel du TER dépasse largement les prévisions initiales, que des critiques émergent sur l’endettement du pays et que les trains roulent encore partiellement sur une portion réduite du réseau, les mises en garde d’Ahmed Khalifa Niasse résonnent avec une acuité nouvelle. Ce texte, publié en 2017, apparaît aujourd’hui comme un avertissement clair que peu ont voulu entendre à temps.
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