PASTEF, UN PARTI, 1000 COMMUNICANTS : LA FIN DE L’UNIFORMITÉ ?
PASTEF, UN PARTI, 1000 COMMUNICANTS : LA FIN DE L’UNIFORMITÉ ?
Arrivé au pouvoir en 2024, le parti PASTEF (Patriotes du Sénégal pour le Travail, l’Éthique et la Fraternité) semble aujourd’hui confronté à un défi majeur : la communication politique. Autrefois perçu comme un bloc soudé, à la parole disciplinée et au discours uniformisé, PASTEF donne aujourd’hui l’image d’un parti où chacun parle en son nom, parfois même au détriment de la ligne officielle.
De la discipline à la cacophonie
Dans l’opposition, PASTEF s’était illustré par une communication offensive, percutante et surtout homogène. Militants, cadres et leader parlaient d’une seule voix. Les mots étaient pesés, les messages coordonnés, et l’impact sur l’opinion publique était fort. C’était une stratégie redoutablement efficace, qui avait contribué à bâtir l’image d’un mouvement rigoureux, différent des formations politiques classiques.
Mais depuis l’accession au pouvoir, cette cohérence s’est estompée.
Aujourd’hui, sur une même affaire, on peut entendre dix versions différentes. Sur les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision ou à travers des vidéos amateurs, militants comme responsables s’expriment sans concertation préalable, parfois sur des dossiers sensibles, parfois avec des approximations dangereuses.
Quand le président doit recadrer…
La multiplication de prises de parole non coordonnées a même contraint le président du parti — aujourd’hui chef du gouvernement— à monter lui-même au créneau. Des tweets, des vidéos, des appels au calme, des recadrages publics… autant d’efforts pour tenter de reprendre le contrôle d’une communication devenue difficilement maîtrisable.
Un exemple marquant reste cette intervention où le président du Pastef a dû calmer la colère de ses propres militants, furieux de certaines nominations controversées. L’opinion publique a vu un chef du gouvernement obligé d’intervenir directement pour gérer un incendie allumé… par ses troupes.
Une presse aux aguets
La situation est d’autant plus délicate que certains médias, désormais critiques du pouvoir en place, exploitent ces dérapages. Chaque déclaration non maîtrisée, chaque tweet maladroit devient une munition. Les contradictions internes sont montées en épingle. Le désordre devient un argument pour pointer du doigt l’amateurisme.
La polémique récente autour d’une prétendue tension entre le président et son Premier ministre en est une illustration frappante. Alors que ce dernier avait fait preuve de retenue en annulant une conférence de presse qui risquait d’envenimer les choses, d’autres proches du parti sont sortis pour jeter de l’huile sur le feu, créant plus de confusion que de clarté.
La démocratisation de la parole, un défi politique
Internet, les réseaux sociaux, la facilité d’accès à la parole publique… tout cela a contribué à une explosion des voix, mais pas toujours au service du message du parti. Aujourd’hui, tout le monde parle au nom de PASTEF : le militant mal informé, le responsable surexcité, le sympathisant opportuniste. Le canal officiel est noyé dans la masse.
Une communication à refonder d’urgence
PASTEF, fort de son parcours et de sa base militante, ne manque pas de ressources. Mais pour préserver sa crédibilité et la cohérence de son action, il devient impératif de réinstaurer une discipline de communication. Mettre en place un dispositif clair, une cellule centralisée, des porte-parole autorisés, des consignes fermes. Car gouverner, ce n’est pas seulement agir, c’est aussi savoir dire et quand le dire.
À défaut, le parti risque de se retrouver piégé par ses propres voix, dans un brouhaha permanent, où le message politique se perdra au profit de la polémique.
Un parti, 1000 communicants… mais aucune communication claire. C’est le paradoxe que PASTEF doit résoudre, s’il veut incarner pleinement l’alternance qu’il a promise.
PMD
OPINIONS LIBRES

