Enquête – Affaire Kocc Barma : la chute d’un prédateur numérique
Enquête – Affaire Kocc Barma : la chute d’un prédateur numérique
Par notre rédaction OPINIONS LIBRES
Dakar, juillet 2025
Une plainte banale, un scandale national
C’est une simple plainte, déposée pour protéger une adolescente de 16 ans, qui va faire tomber l’un des hommes les plus controversés du web sénégalais.
Nguissaly Ndiaye, inquiète pour sa fille A. Ndiaye, dépose plainte contre un certain “Mouha”, accusé de chantage sexuel à répétition.
Mais derrière ce pseudonyme se cache un réseau bien plus vaste. Très vite, les investigations mènent à El Hadji Babacar Dioum, mieux connu sous son alias numérique : Kocc Barma.
Un réseau numérique d’humiliation
Depuis 2018, deux sites font parler d’eux sur les réseaux sociaux : Seneporno.com et Babi-porno.com.
Derrière ces plateformes, un système structuré de diffusion de sextapes, souvent obtenues à l’insu des victimes, parfois par manipulation, souvent par trahison.
Des centaines de jeunes filles sénégalaises, parfois mineures, y sont exposées. À la clé : pressions, humiliations, climat de terreur… et dans certains cas, pensées suicidaires.
Des preuves numériques accablantes
Grâce à la Division spéciale de la cybersécurité (DSC), l’affaire prend une nouvelle tournure. Une vidéo récemment publiée sur l’un des sites permet d’identifier formellement El Hadji Babacar Dioum.
Des enquêtes techniques, croisées avec des mouvements financiers suspects, permettent de le localiser à Bourguiba, dans un immeuble sécurisé.
L’arrestation choc
C’est avec l’appui de la Brigade d’intervention polyvalente (BIP) que l’homme est interpellé. La perquisition chez lui révèle l’ampleur du système :
- Des centaines de sextapes
- Plusieurs ordinateurs, téléphones et cartes SIM
- Une arme à feu et des munitions
- Des liasses de billets de banque
Le tout démontre une activité organisée, bien loin d’un simple amateur du scandale numérique.
Face à la justice, il nie… partiellement
Lors de son audition, Dioum reconnaît les faits, mais nie être Kocc Barma.
Problème : les éléments recueillis par les enquêteurs le lient directement aux deux sites, aux comptes bancaires associés, et à plusieurs numéros de téléphone utilisés dans des cas de chantage.
Un cercle élargi de suspects
L’enquête ne s’arrête pas à lui. Sa femme, des amis proches, et même des conducteurs de véhicules utilisés lors d’événements mondains, figurent sur la liste des personnes à entendre.
Le restaurant “Eddy’s”, situé à Bourguiba près de l’École de police, serait aussi dans le viseur. Les enquêteurs cherchent à identifier son véritable propriétaire.
Les victimes, grandes oubliées du numérique
Au-delà de l’arrestation, c’est un drame humain que révèle cette affaire.
Des adolescentes brisées, des familles détruites, des vies exposées en place publique. Beaucoup ont vécu dans la peur, le silence, la honte.
Une parole que l’État peine encore à entendre.
Un débat de société relancé
Ce scandale relance plusieurs questions fondamentales :
- Qui protège les jeunes Sénégalais sur internet ?
- Comment encadrer les contenus à caractère sexuel ?
- Quelle place pour l’éducation numérique dans un monde hyperconnecté ?
- Où en est la justice face aux crimes digitaux ?
Un symbole tombé ?
Figure fantasmatique, autoproclamé “justicier du sexe”, Kocc Barma était autant redouté que consulté.
Mais derrière l’icône, c’était bien un homme – El Hadji Babacar Dioum – que la justice vient de mettre à nu.
Une affaire encore en cours, mais qui promet de faire école dans les annales de la cybersécurité au Sénégal.
L’enquête se poursuit. De nouvelles interpellations sont attendues dans les jours à venir.
OPINIONS LIBRES

