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Qui nous protège de la police ?

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Qui nous protège de la police ?

Dans un contexte où la tension politique s’est légèrement apaisée au Sénégal, nombreux sont ceux qui espéraient tourner la page sombre des violences et bavures policières qui ont coûté la vie à plusieurs personnes ces dernières années. Mais aujourd’hui encore, la peur persiste, alimentée par des pratiques qui interrogent et divisent.

De Yeumbeul à Camberène, en passant par Rosso, des familles pleurent leurs fils, victimes d’interventions policières aux circonstances souvent troubles. Ces drames rappellent cruellement les événements de 2021 à 2024, durant lesquels la police a été pointée du doigt pour des bavures ayant causé des dizaines de morts. Des événements pour lesquels aucune responsabilité n’a jamais été située publiquement, laissant ainsi un sentiment d’injustice et d’impunité durable.

Pourtant, la police est théoriquement là pour protéger : protéger contre les agressions, protéger contre les menaces extérieures, protéger contre l’insécurité. Mais si aujourd’hui, à la vue d’un véhicule de police, des jeunes prennent la fuite, ce n’est pas seulement par culpabilité, mais par crainte. Crainte d’être interpellés, violentés, accusés à tort ou même pire. Car souvent, comme ce fut le cas pour les jeunes de Colobane emprisonnés près de quatre ans, il suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment pour voir sa vie basculer.

Face à ce constat, une question légitime se pose : qui nous protège de la police ?

Pourtant, il faut aussi rappeler que derrière ces uniformes, il y a des hommes et des femmes, souvent confrontés à des conditions de travail précaires, à un manque de moyens logistiques, parfois même à une déshumanisation au sein de leur propre hiérarchie. Cette réalité contribue probablement à expliquer certains comportements violents ou disproportionnés. Mais doit-on pour autant l’accepter ? Les bavures policières nous ont déjà assez coûté. Et le plus grave, c’est qu’elles jettent un discrédit durable sur cette institution républicaine ô combien importante.

Non seulement ces bavures donnent raison à la peur et à la suspicion des citoyens, mais elles élargissent le fossé qui existe entre la population et ceux qui sont censés la protéger. Elles alimentent la méfiance, détruisent la confiance et instaurent une peur collective qui n’a pas sa place dans un État de droit.

Pourtant, la législation sénégalaise est claire. La Constitution dit que « la personne humaine est sacrée et inviolable. L’État a l’obligation de la respecter et de la protéger. »

Qu’il s’agisse d’un multirécidiviste, d’un présumé bandit, ou d’un simple vendeur de chanvre indien, nul n’a le droit de lui ôter sa dignité. Nul n’a le droit de l’humilier, encore moins de lui ôter la vie, sauf en cas de légitime défense absolue.

Aujourd’hui, plus que jamais, il est urgent que l’État et les autorités policières prennent leurs responsabilités. Urgent d’en finir avec l’impunité, de sanctionner toute bavure, d’indemniser les familles des victimes et de réformer en profondeur la formation des agents. Il est temps que la police cesse d’apparaître comme une menace et redevienne ce qu’elle doit être : un rempart protecteur, garant de la paix, de la sécurité et du respect des droits fondamentaux.

Car la véritable question reste entière : qui nous protège de la police, si elle-même cesse d’être protectrice ? Et que restera-t-il alors de notre pacte républicain et social ?
PMD

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