Les trois tamis de Socrate : une leçon pour les temps modernes
Les trois tamis de Socrate : une leçon pour les temps modernes
Parler en public ne relève pas uniquement du charisme ou de l’aisance devant une caméra. La communication, en particulier lorsqu’on occupe une fonction publique ou une position d’autorité, est un art. Mieux encore, c’est une science. Une science qui, lorsqu’elle est ignorée ou négligée, peut avoir des conséquences bien réelles sur la perception d’un gouvernement, d’une institution ou d’un pays tout entier.
À l’ère des réseaux sociaux et de l’hyper-réactivité, la maîtrise de la parole publique n’est plus une option. Trop de responsables politiques ou administratifs commettent l’erreur de penser que leurs déclarations sont sans conséquences lorsqu’elles sont faites “à titre personnel”. Ils oublient que dans l’opinion publique, la frontière entre la personne et la fonction n’existe plus. Lorsqu’un ministre, un député, un directeur général ou même un maire s’exprime, il parle avec la voix de son institution. Ses mots engagent bien au-delà de sa propre personne.
Un mot mal choisi, une phrase sortie de son contexte, et c’est toute une politique qui peut être remise en question. Dans les affaires publiques, la communication devient un acte de gouvernance. Elle ne peut plus être livrée à l’improvisation ou à l’instinct. Elle doit faire l’objet d’un véritable encadrement, d’une stratégie claire, d’une formation, voire d’un accompagnement par des experts du domaine.
C’est là que réside un paradoxe préoccupant : nombre de nos responsables publics, même compétents dans leurs domaines respectifs, ne bénéficient d’aucune véritable initiation à la communication. Qu’ils soient maires, députés, directeurs généraux ou même ministres, beaucoup abordent la parole publique avec sincérité et engagement, mais sans les outils pour en maîtriser les effets. Or, la compétence technique ne garantit pas la clarté du message ni l’impact juste sur l’opinion.
Cela implique aussi de comprendre le bon moment pour parler, mais aussi le bon moment pour se taire. Car la parole, pour être efficace, doit être opportune, mesurée, utile. Il faut éviter de réagir sous le coup de l’émotion, de répondre aux polémiques passagères, ou de tomber dans le piège de la surcommunication. Garder l’initiative, voilà ce qui distingue un bon communicant d’un acteur désorienté par l’agitation du moment.
À ce propos, une sagesse antique peut encore nous éclairer. Le philosophe Socrate, dans une leçon transmise à travers les siècles, proposait de soumettre toute parole à trois tamis :
1. Est-ce vrai ?
2. Est-ce bon ?
3. Est-ce utile ?
Si ce que nous voulons dire ne satisfait à aucun de ces critères, alors peut-être ne mérite-t-il pas d’être dit. Cette leçon, simple en apparence, pourrait être d’une grande utilité pour bien des figures publiques aujourd’hui.
Il est donc urgent d’instaurer une véritable culture de la communication publique. Cela passe par la formation des décideurs, par un encadrement professionnel des prises de parole, et surtout par une prise de conscience : la parole est un levier de pouvoir, et comme tout pouvoir, elle engage une responsabilité.
Dans un monde où l’image publique peut être façonnée ou ruinée en quelques secondes, il ne suffit plus d’avoir raison : encore faut-il savoir le dire, au bon moment, de la bonne manière, pour les bonnes raisons. Gouverner, c’est aussi cela.
PMD
OPINIONS LIBRES

